Musicalitté #4 ~ Angela Davis

À partir de l’été 1970, les mouvements protestataires étasuniens s’émeuvent du sort réservé à la militante Angela Davis, arrêtée à New York. C’est le début d’une mobilisation mondiale en faveur de sa libération, dont la musique sera l’un des principaux vecteurs.

Angela Davis (1944-), 2010

Le 7 août 1970, Jonathan Jackson s’introduit avec des armes à feu dans la salle d’audience du juge Harold Haley, où un détenu de San Quentin, James McClain, est en train d’être jugé. McClain s’évade avec deux autres prisonniers de San Quentin, Ruchell Magee et William Christmas, présents en tant que témoins. Ils prennent en otage le juge Haley, son assistant Gary Thomas et trois jurés, et tentent de s’échapper. Haley, Jackson, McClain et Christmas sont tués alors que les ravisseurs essaient de s’éloigner du palais de justice.

Les armes à feu utilisées lors de cette fusillade ayant été enregistrées sous le nom d’Angela Davis deux jours auparavant, un mandat d’arrestation est lancé contre la jeune militante. Elle devient la troisième femme à figurer sur la liste des dix personnes les plus recherchées par le FBI.

Angela Davis fuit la Californie et rejoint la côte Est, avant d’être arrêtée à New York. Deux ans plus tard, lors de son procès en 1972, le jury rendra un verdict de non-culpabilité, estimant que la possession des armes à feu ne permet pas d’établir sa responsabilité lors du drame.

Mais en 1970, l’outrage engendré par cette arrestation est massif. Pour ses proches et ses compagnons de lutte, il s’agit d’une injustice flagrante, et le milieu artistique multiplie les hommages. Le monde musical, en particulier, répond formidablement à cette situation : des dizaines d’artistes, dont Herbie Hancock ou Santana, apportent spontanément leur soutien à Angela Davis.

L’émotion dépasse les frontières américaines : durant ses années de formation, Davis a voyagé, en Europe en particulier, et de nombreux intellectuels et artistes, notamment français, protestent en sa faveur et lui dédient des textes.

Quelques monstres sacrés, éludés dans la tracklist ci-dessous, contribuent à leur manière à cet élan : “Sweet Black Angel”, qui figure sur Exile on Main St., fait partie des rares titres ouvertement et contextuellement politiques des Rolling Stones, encore peut-on émettre quelques réserves sur l’habileté des paroles. De même, lorsque John Lennon & Yoko Ono chantent à l’unisson “Angela” en 1972, les mots choisis peinent à refléter la gravité de la situation (“They gave you coffee/They gave you tea/They gave you everything/But equality”).

Angela Davis a depuis poursuivi une carrière extrêmement riche, et a apporté à l’histoire de la musique un ouvrage remarquable, Blues Legacies and Black Feminism (1998). Davis y analyse de près les paroles de trois grandes interprètes des années 1920-40 (Gertrude Ma Rainey, Bessie Smith et Billie Holiday) et place leurs chansons dans le contexte historique du féminisme. La nature politique du blues féminin y est patiemment démontrée, et pour le constater de plus près, les éditions Libertalia nous ont même gratifiés d’une traduction française signée Julien Bordier, agrémentée d’un CD.

01 Larry Saunders – Free Angela 00:00
02 Meshell Ndegeocello – Hot Night 06:02
03 Sons of Kemet – My Queen Is Angela Davis 10:43
04 Herbie Hancock – Ostinato (Suite for Angela) 17:12
05 Pablo Milanés – Canción para Angela Davis 30:17
06 Mach-Hommy – Sauer Suite 33:32
07 Harold Land – Ode to Angela 36:45
08 Carlos Santana – Free Angela 43:02
09 John Forte – Drift On 47:27
10 Francesca Solleville – Complainte pour Angela Davis 50:48
11 Wendell Harrison – Angela’s Dilemma 53:28
12 Sun Ra Arkestra – Music for Angela Davis – 58:53

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